Monday, May 18, 2026
  • about us
  • Vision and Mission
  • contact us
BRIDGES INVESTIGATIONS
No Result
View All Result
Blusky
Pitch Ideas
  • Home
  • Migration
  • Environment & Climate
  • Follow the Money
  • In-Depth Reports
  • Human Rights
  • Impact
  • Video
  • More
    • Podcast
    • Events
  • English
Support Us
  • Home
  • Migration
  • Environment & Climate
  • Follow the Money
  • In-Depth Reports
  • Human Rights
  • Impact
  • Video
  • More
    • Podcast
    • Events
  • English
No Result
View All Result
BRIDGES INVESTIGATIONS
No Result
View All Result
  • about us
  • Vision and Mission
  • contact us
Home Human Rights

Les crocs d’Israël: comment des chiens européens sont devenus des armes contre les Palestiniens

Mahmoud Elsobky by Mahmoud Elsobky
May 18, 2026
Israel’s Fangs are Devouring Palestinians in Gaza and the West Bank

Military dog (Ai-generated photo)

Share on FacebookShare on Twitter

Pendant plusieurs mois, notre enquête a retracé une chaîne discrète reliant des élevages et centres de dressage européens aux unités cynophiles israéliennes déployées à Gaza et en Cisjordanie. À travers des témoignages, des documents officiels, des données d’exportation, des demandes d’accès à l’information et des entretiens avec des experts, elle révèle comment des chiens militaires importés d’Europe sont utilisés lors d’opérations visant des civils palestiniens.

Avertissement: cette enquête contient des descriptions de violences susceptibles de heurter certains lecteurs.

Un cauchemar dans le camp de Balata

Le 4 février 2024, une matinée ordinaire s’est transformée en cauchemar pour Amani (42 ans) et ses quatre enfants, dans le camp de réfugiés de Balata, à Naplouse. À 6 h 45, les forces israéliennes ont pris d’assaut leur domicile et ont lâché un chien policier de grande taille, blessant gravement son plus jeune enfant et provoquant un traumatisme psychologique durable pour l’enfant et toute la famille.

En entendant la porte d’entrée s’ouvrir lentement, Amani a crié : « Nous sommes ici ! », afin de signaler aux soldats qu’ils étaient des civils.

Mais cet appel n’a pas empêché la catastrophe. Quelques instants plus tard, un soldat a immédiatement lâché un grand chien, sans muselière, en direction de la chambre. L’animal s’est jeté sur son plus jeune fils, Ibrahim, âgé de trois ans, et l’a mordu dans le bas du dos.

Alors que la mère luttait pour sauver son enfant, les soldats se sont contentés d’observer la scène, sans intervenir. Elle raconte : « Je criais : soldats, gens, aidez-moi ! Mon enfant est en train de mourir, le chien l’a emporté. »

Après plusieurs minutes, les soldats ont finalement décidé de maîtriser le chien, mais l’enfant avait déjà subi de graves blessures.

L’enfant, inconscient, a été confié aux équipes de secours du Croissant-Rouge palestinien. Il a été transporté d’urgence à l’hôpital Rafidia de Naplouse, où il a subi une opération chirurgicale en urgence.

Les médecins ont indiqué que l’enfant présentait de profondes blessures internes et externes, nécessitant 42 points de suture. Il a également dû recevoir 21 injections antitoxiques en raison des morsures du chien.
Mais le cas d’Ibrahim n’est pas isolé. Au fil des mois, notre enquête a identifié une série de témoignages présentant des schémas similaires : des incursions militaires, des chiens lâchés à l’intérieur d’habitations civiles et des blessures laissant des séquelles physiques et psychologiques durables.

« Le chien le poursuit encore… même dans son sommeil »

L’attaque ne s’est pas arrêtée avec le retrait des soldats, et la terreur ne s’est pas dissipée lorsque le chien a quitté la maison. Pour Ibrahim, ce petit garçon à peine âgé de trois ans, la peur s’est ancrée dans sa mémoire aussi profondément que les crocs du chien dans son corps.

Sa mère, Amani Hashash, raconte, tentant difficilement de retenir ses larmes, le changement profond dans le comportement de son fils:

« Chaque jour, dès qu’il voit un chien dans la rue, il me dit: “Maman, c’est celui qui m’a mordu.” Je lui dis : viens, allons jouer avec lui, et il me répond: “Non, il va me mordre encore.” »

Ibrahim Hashash, âgé de trois ans au moment de l'attaque. Photo : Document fourni
Ibrahim Hashash, âgé de trois ans au moment de l’attaque. Photo : Document fourni

Ibrahim ne perçoit plus les chiens comme des animaux, mais comme une menace permanente. Il affirme: « Tous les chiens dans la rue sont ceux qui m’ont mordu… tous. »

La tragédie ne s’est pas limitée aux heures de la journée ; elle s’est infiltrée jusque dans son sommeil. « Il y a deux jours, il s’est réveillé en criant : “Maman, le chien est venu… il est là, près de ma tête !” », raconte Amani. « J’ai essayé de le calmer, je lui ai dit que peut-être le chat que nous avions ramené voulait jouer avec lui… mais il était certain: “Non, il y a un chien.”»

Amani poursuit: « Je lui ai apporté un chat pour qu’il oublie, mais même cela n’a pas réussi à éloigner le cauchemar. »

Derrière ces récits individuels se dessine une réalité plus vaste. Les témoignages recueillis au cours de cette enquête conduisent vers une structure organisée : l’unité cynophile militaire israélienne Oketz, principal acteur du déploiement de chiens dans les opérations militaires.

L’unité Oketz: histoire et évolution

En 1939, l’unité secrète « Oketz », spécialisée dans l’utilisation de chiens policiers et militaires dressés — un terme signifiant « morsure » en hébreu — a été créée sous le nom d’unité 7142 au sein de l’organisation Haganah, avant d’être dissoute en 1954.

En 1974, à la suite d’une série d’attaques visant Israël au début des années 1970, une nouvelle unité a été établie sur la base de Sirkine (au nord-ouest de Kfar Sirkin, dans le centre d’Israël). Elle comptait initialement onze recrues, avant de s’étendre progressivement pour atteindre plusieurs centaines de membres.

Jusqu’en 1988, « Oketz » a opéré dans le plus grand secret, avant de devenir une composante officiellement reconnue des opérations militaires israéliennes. L’unité repose presque entièrement sur des chiens militaires importés d’Europe, dont environ 99 % proviennent d’entreprises spécialisées dans l’élevage et le dressage canin. Les races utilisées incluent principalement le malinois belge, ainsi qu’un nombre plus limité de bergers allemands et de labradors britanniques.

Cages où sont gardés les chiens d'Oketz à l'intérieur de l'unité. (Capture d'écran YouTube)
Cages où sont gardés les chiens d’Oketz à l’intérieur de l’unité. (Capture d’écran YouTube)

Chaque année, près de 300 soldats postulent pour intégrer l’unité, mais seuls 25 sont retenus après une sélection particulièrement rigoureuse. L’unité bénéficie également du soutien d’organisations non gouvernementales, notamment aux États-Unis, qui collectent des fonds sous l’appellation « American Friends of Oketz ». Cette organisation vise à renforcer les liens de solidarité entre la société américaine, l’unité Oketz et sa fondation en Israël. Des dons sont également recueillis via son site internet.

Selon John Spencer, responsable des études sur la guerre urbaine à l’Institut de la guerre moderne de l’Académie militaire de West Point (New York), l’armée israélienne lui a indiqué, lors d’une visite sur le terrain dans un camp de l’unité Oketz, que celle-ci acquiert environ 70 chiens par an, dont près de 99 % proviennent d’Europe. L’unité privilégie des chiens âgés d’environ un an, afin de concilier maturité physique et capacité d’adaptation à l’entraînement.

Le prix de chaque chien est estimé à environ 10 000 dollars américains, voire davantage, selon un correspondant militaire de la chaîne israélienne Channel 12.

L’unité Oketz affirme n’utiliser les chiens d’attaque que dans le cadre d’opérations antiterroristes. Toutefois, des organisations de défense des droits humains à Gaza et en Cisjordanie rapportent une augmentation significative de leur utilisation contre des civils palestiniens depuis le début de la guerre à Gaza, entraînant de nombreuses blessures et certains décès.

L’organisation Euro-Med Human Rights Monitor indique avoir documenté 146 cas d’utilisation de chiens d’attaque contre des civils par l’armée israélienne depuis octobre 2023.

Les autorités israéliennes soumettent ces chiens à un programme d’entraînement intensif d’une durée de deux ans, destiné à les préparer à diverses missions, notamment les attaques de combat, la détection d’explosifs et l’exploration de tunnels.

L’unité Oketz opère en petites équipes, chacune composée d’un commandant, d’un adjoint et de deux maîtres-chiens accompagnés de leurs animaux. Les soldats y servent généralement entre trois et quatre ans, tandis que les chiens sont opérationnels pendant six à huit ans.

Le 3 janvier 2025, des rapports militaires israéliens ont révélé que l’unité avait perdu 42 chiens militaires depuis le début de la guerre à Gaza, ce qui témoigne de l’ampleur de leur utilisation dans les opérations de combat, indépendamment des risques encourus ou des pertes subies. À titre de comparaison, trois chiens avaient été tués lors de l’opération « Plomb durci » dans la bande de Gaza en janvier 2009.

Les chiens comme arme de guerre

Le Dr Tarcis Brito, chercheur postdoctoral à la London School of Economics, souligne les similitudes entre l’utilisation de chiens militaires en Israël et les pratiques coloniales historiques. Il déclare:
« Pendant des siècles, les chiens policiers ont été utilisés comme instruments de domination coloniale, des Amériques à la répression des révoltes d’esclaves en Haïti. Aujourd’hui, cet héritage sombre se perpétue en Palestine, où cette pratique incarne à la fois la domination et la déshumanisation. »

Il explique également la dimension psychologique de l’utilisation des chiens dans ce contexte : la peur d’être attaqué par un chien ravive des peurs instinctives profondes liées à la prédation. Une stratégie exploitée par ceux qui les déploient afin de semer la terreur et de renforcer la soumission.

Le malinois belge: la race privilégiée par l’unité « Oketz »

L’unité « Oketz » privilégie le malinois belge par rapport à d’autres races, en raison de ses performances exceptionnelles sur le terrain. À l’origine élevé comme chien de berger en Belgique, le malinois a démontré une grande efficacité dans de nombreuses fonctions militaires et sécuritaires.

Dans un rapport publié le 31 janvier 2024, le journal Yedioth Ahronoth a révélé que le ministère israélien de la Défense avait lancé une vaste opération d’acquisition de chiens dressés en provenance d’Europe, afin de compenser les défaillances des chiens de l’unité « Oketz » dans l’exécution de leurs missions durant la guerre à Gaza.

Selon le journal, le directeur des achats du ministère de la Défense a ordonné l’acquisition de chiens — en particulier de race malinois — en provenance des Pays-Bas et d’Allemagne, avec un lancement prévu de cette opération dans les mois suivants.

Israël ne fait pas de distinction

Mohamed Bohar (AI-generated)

Le 30 juillet 2024, la maison de la famille Bahar, dans le quartier de Shuja’iyya à Gaza, était encerclée par des chars israéliens. Pendant plusieurs jours, la famille a vécu dans la terreur. Au septième jour, les forces israéliennes ont pris d’assaut le domicile et ont lâché deux chiens militaires prétendument entraînés. L’opération s’est soldée par la mort du jeune Mohammed Bahar (25 ans), atteint de trisomie, sous les crocs et les griffes de l’un des chiens.

Sa mère, Nabila Bahar, évoque la mort de son fils d’une voix mêlant douleur et colère. Son fils n’était pas capable de s’exprimer normalement et, en raison de son état, ne comprenait pas le monde qui l’entourait comme les autres.

Elle raconte :
« Les soldats ont fait irruption dans la maison comme des fous, comme des bêtes sauvages. Même des drones quadricoptères sont entrés dans la cuisine, et avec eux un chien militaire dans le salon. Il s’est jeté sur Mohammed et l’a mordu à la poitrine… c’était un chien énorme, brun et noir, semblable à un loup. Il a commencé à déchiqueter mon fils sans s’arrêter. »

Le chien a refermé ses mâchoires puissantes sur la main de Mohammed, tirant son bras depuis l’épaule. Malgré son handicap, il a tenté de se défendre et a réussi à prononcer quelques mots qu’il ne maîtrisait pas auparavant. Il criait au chien : « Non… éloigne-toi ! », mais l’animal n’a pas lâché prise et a poursuivi son attaque, selon sa mère.

Nabila ajoute que son fils a caressé le chien en disant : « Ça suffit, mon chéri, ça suffit », mais le chien a continué à dévorer son bras ensanglanté, jusqu’à ce qu’il s’effondre inconscient.

Selon elle, les soldats n’ont prêté aucune attention à ses supplications pour le sauver. Elle leur criait : « Je veux secourir mon fils… il se vide de son sang ! » Les soldats ont affirmé avoir fait venir un médecin militaire, mais ils ne lui ont pas permis de le voir.

Mohammed Bohar (à gauche) et les taches de sang sur la chaise où il a été agressé. Photo fournie par la famille.
Mohammed Bohar (à gauche) et les taches de sang sur la chaise où il a été agressé. Photo fournie par la famille.

Elle poursuit :
« J’entendais Mohammed demander de l’eau… j’ai demandé aux soldats de le laisser boire, mais ils ont retiré la bouteille, ils ont refusé ! Mon cœur sentait que c’était la fin. Et quand j’ai vu un soldat faire un signe de la main, j’ai compris que mon fils était mort. »

Quelques minutes plus tard, les soldats lui ont annoncé officiellement le décès de son fils.

Une nuit de terreur à Jénine

À l’aube du lundi 3 juillet 2023, Fatima Saleh (58 ans), résidente du camp de réfugiés de Jénine — situé dans les limites de la municipalité de Jénine et considéré comme le camp le plus septentrional de Cisjordanie — a été victime d’une attaque lorsque les forces israéliennes, lors d’une opération militaire, ont lâché un chien dressé qui l’a agressée à l’intérieur de son domicile.

Fatima raconte les premiers instants de l’attaque :
« Il était énorme, noir, il s’est précipité vers moi à toute vitesse. Avant même que je puisse réagir, il s’est jeté sur ma main droite et a refermé ses mâchoires avec une force incroyable. J’ai crié à l’aide, mais les soldats riaient et ne se souciaient pas de moi. »

Le chien a continué à l’attaquer et à la mordre à plusieurs reprises, tandis qu’elle tentait désespérément de libérer sa main de ses mâchoires. À mesure que la douleur et le saignement s’intensifiaient, elle suppliait les soldats d’intervenir, mais leur réaction fut choquante : ils ont laissé le chien déchiqueter la chair de sa main, selon son témoignage.

L’attaque a duré plus de quinze minutes, pendant lesquelles elle criait à l’aide, tandis que les soldats observaient la scène avec indifférence. Cette absence d’intervention apparaissait en elle-même comme une forme de répression systématique.

Elle décrit la suite des événements :
« Après quinze minutes, un soldat est entré et a tenté d’éloigner le chien, mais celui-ci l’a repoussé violemment et l’a fait tomber. Un autre soldat est arrivé en criant, tenant un couteau ; j’ai cru qu’il allait me couper la main, mais lui aussi a échoué à écarter le chien. Puis un troisième soldat est intervenu et a finalement réussi à détacher le chien de ma main après vingt minutes de morsures, de saignements et de cris. »

Les blessures de Fatima étaient graves et ont nécessité plusieurs interventions chirurgicales ainsi qu’une prise en charge médicale intensive. Les dommages n’étaient pas uniquement physiques — les nerfs de ses doigts ayant été détruits — mais également psychologiques, le traumatisme de cette agression continue de la hanter.

Le chien qui m’a mordu

Dans l’un des quartiers de l’est de Gaza, où les maisons délabrées semblent raconter la peur inscrite dans leurs murs, Hajj Omar Youssef, un homme de plus de soixante-dix ans, raconte ce qu’il a vécu comme un survivant d’une tempête implacable. Ce n’était pas une simple arrestation ni une intrusion ordinaire, mais, selon ses propres mots, « une traque physique et psychologique menée par un chien militaire dressé ».

Hajj Omar décrit les détails de cette attaque, qui ne le quitte pas :
« Alors que j’étais assis sur le toit de ma maison à moitié détruite, un char est apparu du côté de l’atelier voisin, avançant à une vitesse folle, puis contournant la maison par l’arrière. J’ai essayé de descendre, mais j’ai été surpris par des soldats qui s’infiltraient par derrière… ils sont entrés d’un seul coup, une unité complète de six hommes. »

Ils ont rapidement lâché un chien imposant sur le toit, équipé d’une caméra fixée sur sa tête. Ils lui ont donné un ordre en hébreu : « Tabbetehou » — c’est-à-dire « attrape-le » — puis ils se sont mis à observer la scène à travers un écran tenu par l’un d’entre eux.

Attaque d'un chien militaire israélien contre un vieil homme à Gaza. (Photo générée par IA)
Attaque d’un chien militaire israélien contre un vieil homme à Gaza. (Photo générée par IA)

L’attaque du chien

Le chien, de grande taille, s’est jeté sur l’homme âgé, le mordant au bras et déchirant ses vêtements. La violence de l’attaque était telle que les crocs de l’animal ont atteint l’os de Hajj Omar. Évoquant la réaction des soldats, il raconte :
« J’ai crié : mon frère, mon frère, le chien m’a mordu ! Ma main ! Mais ils n’ont pas réagi. »

Le chien ne s’est pas arrêté là : il l’a traîné du troisième étage jusqu’au rez-de-chaussée, où un officier israélien l’attendait.

Hajj Omar poursuit :
« Le dresseur a saisi le chien, l’a maintenu entre ses jambes et lui a donné une friandise en récompense ; comme s’ils lui disaient : tu as attrapé un lion, pas un être humain. Ils n’ont pas compris qu’ils avaient capturé un homme.»

Toujours en train de saigner, Omar a été contraint d’entrer dans la cuisine de sa maison, où on lui a ordonné de se déshabiller entièrement. Lorsqu’il a supplié, en raison de la douleur et de l’hémorragie, personne ne lui a répondu :
« Je lui ai dit : j’ai besoin d’un médecin, je saigne. L’officier m’a répondu : on va t’emmener bientôt… Il était clair qu’ils ne se souciaient que du succès de la mission du chien. »

Par la suite, il a été traîné de maison en maison à travers des ouvertures percées dans les murs. Il décrit cette nuit en ces termes :
« De ma maison à celle de mon voisin, puis à une troisième, toute la nuit, je criais de douleur.»

Le saignement s’est poursuivi jusqu’à sept heures du matin, sans qu’aucun secours ne lui soit apporté. Puis, de manière cynique, l’un des soldats lui a tendu une serviette blanche en disant : « Voilà une serviette de paix. »

Une nuit de douleur à Jabalia


En mai 2024, Dawlat Abdullah Al-Tanani, âgée de 69 ans, a été victime d’une violente attaque menée par un chien policier lâché par les forces israéliennes à l’intérieur de son domicile, dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans la bande de Gaza.
Son témoignage — appuyé par une vidéo divulguée, filmée par une caméra fixée sur le dos du chien agresseur et largement diffusée à travers le monde — constitue une preuve accablante de la brutalité de l’utilisation des animaux comme instruments d’intimidation.

https://bridges-investigations.com/wp-content/uploads/2025/05/Old-woman-Dawlat-Tanany-dog-attack-video.mp4

Lors de l’incursion des forces israéliennes à Jabalia, Dawlat Al-Tanani avait refusé de quitter sa maison malgré les bombardements intenses dans la zone. Un voisin, un proche parent et son fils s’étaient réfugiés avec elle dans le même logement.
Vers 22 heures, les forces israéliennes ont fait irruption dans la maison. Quelques instants plus tard, un chien policier s’est précipité dans la pièce où Dawlat était allongée sur son lit.
Elle décrit ce moment :
« Le chien a planté ses crocs dans mon épaule et mon bras. J’ai senti ses dents déchirer ma chair jusqu’à l’os. Je me suis mise à crier de toutes mes forces quand ma main a été atteinte. »

Un de ses proches, nommé Jabr, se trouvait dans la maison au moment de l’attaque. Tentant de la secourir, il est intervenu à l’aide de sa canne médicale, frappant le chien pour essayer de l’éloigner, mais l’animal, particulièrement agressif, a poursuivi son attaque sans relâche.

Malgré une hémorragie importante, Dawlat Al-Tanani n’a reçu aucune assistance médicale, en dépit des appels répétés de la famille aux soldats. Elle résume ainsi sa souffrance :
« Depuis ce jour, je ne peux plus lever la main. »

Le chien a brisé mon rêve

Dans un autre incident survenu dans le quartier d’Al-Manara à Khan Younès, dans la bande de Gaza, Tahreer Ali Hosni Al-Arian (34 ans) attendait un enfant après des années de privation. Elle se souvient de cette scène « terrifiante » lorsque des soldats ont fait irruption soudainement dans son domicile. Le chien policier qui les accompagnait s’est précipité à l’intérieur et l’a attaquée, plantant ses crocs dans sa jambe pendant dix longues minutes.
Malgré la douleur, ses cris et ses supplications, les soldats eux-mêmes ont tenté d’éloigner le chien, sans succès. Ce n’est qu’à la quatrième tentative que l’animal a finalement lâché prise.
Elle raconte :
« Pendant l’attaque, j’ai perdu toute sensation dans ma jambe. Je ne savais pas si je saignais ou si le chien déchirait ma chair. Quand tout s’est terminé, je me suis assise sur le canapé et j’ai vu mon sang et ma chair sur le sol. »

À la suite des morsures, Tahreer a souffert de graves complications de santé, qui ont entraîné la perte de son fœtus. La voix étranglée par les larmes, elle confie :
« J’ai perdu l’enfant que j’attendais depuis six ans. »
Elle décrit la taille et la férocité du chien :

« C’était un chien seulement de nom, mais son apparence était tout autre. Il était grand, massif ; il était impossible de le repousser ou de le frapper. Il aurait fallu une grue pour me dégager de lui. »
Dans ce contexte, le professeur Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, met en lumière l’usage abusif des chiens policiers et militaires par Israël contre les Palestiniens. Il qualifie cette pratique de violation grave du droit international, constituant « une violation manifeste de la quatrième Convention de Genève, fondée sur le principe fondamental de la protection des populations civiles ».

Falk souligne également que l’utilisation systématique de chiens d’attaque s’inscrit dans une stratégie israélienne plus large visant à déshumaniser les Palestiniens. Il affirme que le recours à ces méthodes pour terroriser la population civile constitue « une violation extrêmement grave, employée de manière brutale au fil des années, non seulement depuis la guerre à Gaza, mais remontant à la période de construction des colonies israéliennes dans les territoires occupés ».

Les directives d’Amnesty International confirment que l’utilisation de chiens policiers comporte des risques considérables et s’avère souvent contre-productive. L’organisation avertit que « dès lors qu’ils sont lâchés sans contrôle ni muselière, ces chiens deviennent pratiquement impossibles à maîtriser ».

Une complicité sans limites : le rôle occidental dans la facilitation de la violence

Dans ce contexte, Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de l’organisation Democracy for the Arab World Now (DAWN), adopte une position ferme quant à la légitimité de l’utilisation de chiens policiers dans les territoires occupés. Elle déclare :
« Les règles sont les mêmes, que l’arme soit un chien d’attaque, un drone ou un missile : le droit international humanitaire interdit l’usage de la force militaire contre les civils. »

« Il n’y a aucune différence entre un chien d’attaque et un missile. Cibler les civils est interdit internationalement. » Sarah Leah Whitson

Whitson souligne également que « cibler des civils, que ce soit de manière directe ou indiscriminée, constitue une violation flagrante du droit international », précisant que cette interdiction ne se limite pas aux armes conventionnelles, mais s’étend également aux animaux entraînés à attaquer.

En Cisjordanie, l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al-Haq a documenté 18 cas d’agressions de civils par des chiens militaires israéliens depuis octobre 2023, y compris des enfants.
Face à l’intensification de l’usage des chiens militaires et policiers comme instruments de répression contre les Palestiniens, des interrogations fondamentales émergent quant au rôle des entreprises occidentales dans l’exportation de ces chiens vers Israël, et à la question de savoir si cela les rend complices de graves violations des droits humains.

 

1 of 14
- +

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

8.

9.

10.

11.

12.

13.

14.

À cet égard, Patrick Wilcken, chercheur spécialisé dans les questions militaires et sécuritaires au sein d’Amnesty International, exprime de sérieuses inquiétudes quant à la responsabilité des États exportateurs de ces chiens. Il souligne que l’obligation juridique et éthique incombe aux exportateurs, afin de garantir que leurs produits ne soient pas utilisés pour commettre des violations des droits humains.

Wilcken met en évidence les similitudes marquées entre les réglementations encadrant l’exportation des armes commerciales et les normes éthiques applicables à l’exportation de chiens policiers. Si ces animaux sont utilisés pour blesser ou intimider des individus, les exportateurs et les entreprises sont alors tenus de prendre des mesures d’atténuation des risques, conformément aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.

Il affirme également que les entreprises et les États qui autorisent ces exportations pourraient porter une responsabilité juridique potentielle pour leur soutien à « l’occupation israélienne », considérée comme illégale au regard du droit international. Il ajoute qu’il existe un risque évident que ces exportations contribuent à renforcer des pratiques contraires au droit international et aux droits humains, appelant les entreprises et les États à évaluer sérieusement si leurs activités sont liées à des actes illégaux commis par Israël.

De son côté, Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de l’organisation DAWN, met en lumière les dimensions juridiques et éthiques de l’exportation de chiens dressés vers Israël. Elle déclare sans ambiguïté :
« Si les exportateurs savent que ces chiens sont utilisés en violation du droit international, alors ils sont complices. »
Elle souligne toutefois que le problème dépasse largement la seule question des chiens, ajoutant :
« Les chiens ne sont qu’une petite partie du tableau : des armes d’une valeur de plusieurs milliards de dollars sont envoyées à Israël, ce qui lui permet de commettre des crimes de guerre à Gaza et en Cisjordanie. »

Dans le cadre de la législation sur le droit d’accès à l’information, nous avons contacté les gouvernements de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la République tchèque et du Royaume-Uni, afin d’obtenir des données relatives à l’exportation d’animaux vivants classés comme chiens de travail ou militaires vers Israël, pour la période allant de 2008 à 2024. Nous avons également demandé des informations sur les parties impliquées dans les opérations d’exportation et d’importation, ainsi que sur les licences et autorisations délivrées, les discussions internes, les restrictions liées aux considérations de droits humains, et toute documentation relative aux pratiques de conformité ou aux préoccupations éthiques.

Toutefois, nos demandes ont été accueillies par des réponses évasives, voire par un déni pur et simple de l’existence de telles exportations vers Israël.

L’une des réponses de l’Agence britannique de la santé animale et végétale (APHA) — par laquelle transitent les exportations de chiens — indiquait que « l’agence peut fournir des données sur le nombre de chiens exportés vers Israël en tant qu’animaux de compagnie. Toutefois, les informations que l’exportateur doit renseigner dans sa demande de certificat sanitaire d’exportation en ligne se limitent à l’espèce. Par conséquent, l’APHA ne dispose pas d’informations permettant de déterminer si ces chiens sont classés comme chiens de travail, militaires ou policiers ».

 

1 of 14
- +
Correspondance relative aux exportations de chiens avec les pays de l'UE et les États-Unis.

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

8.

9.

10.

11.

12.

13.

14. Correspondance relative aux exportations de chiens avec les pays de l'UE et les États-Unis.

Nous avons renouvelé notre demande afin d’obtenir des chiffres précis. La réponse a été la suivante : « En raison de la politique de conservation des données de l’APHA, nous ne pouvons fournir des informations qu’à partir de février 2022… 294 chiens ont été exportés vers Israël en tant qu’animaux de compagnie entre le 01/02/2022 et le 31/12/2024. »

En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a répondu :
« Nous regrettons de vous informer que nous ne sommes pas en mesure de vous transmettre ces informations, leur analyse nécessitant le travail de dix employés à temps plein sur une longue période. »

Nous avons également contacté le ministère du Commerce et de l’Industrie en République tchèque concernant les données d’exportation de chiens policiers vers Israël (2008–2024). Celui-ci nous a orientés vers le ministère de l’Agriculture. Nous avons ensuite sollicité l’Autorité tchèque d’inspection agricole et alimentaire, sans obtenir de réponse à ce jour. De même, nos demandes adressées à l’Administration vétérinaire d’État pour obtenir le nombre de certificats vétérinaires relatifs aux chiens exportés vers Israël au cours des dernières années sont restées sans réponse.

Le ministère tchèque de l’Intérieur, en revanche, a catégoriquement nié toute exportation de chiens policiers vers Israël, déclarant :
« Nous vous informons que vos informations sont fausses ! L’exportation de chiens policiers vers tout pays est strictement interdite et impossible ; toute affirmation contraire est mensongère. »

Cependant, des données publiées par la presse israélienne indiquent qu’Israël a reçu 20 chiens en provenance de République tchèque en août 2016, ainsi que 28 autres en décembre 2018.

Nous avons également sollicité l’administration des douanes allemandes, qui a répondu :
« Les services douaniers ne disposent d’aucune statistique d’exportation spécifique à ce sujet. Nous vous prions de comprendre que, pour des raisons liées à la protection des données, il ne nous est pas possible de fournir des détails sur des cas individuels. »

Nous avons également contacté le ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, qui a répondu : « Nous ne disposons d’aucune donnée sur ce sujet ». Le ministère fédéral de l’Intérieur et de la Communauté (BMI) a, lui aussi, déclaré : « Nous ne disposons d’aucune information concernant l’exportation de chiens policiers ou militaires depuis l’Allemagne vers Israël, ni sur les parties impliquées. Par conséquent, nous ne possédons aucune donnée sur l’utilisation de ces chiens en Israël, ni aucun rapport ou information interne à ce sujet. »

Quant à la possibilité de telles exportations, il nous a été demandé de nous adresser au ministère allemand de la Défense, qui s’est contenté de répondre : « Le ministère de l’Intérieur vous a déjà fourni une réponse. »

Dans une réponse officielle à nos questions, Engelbert Oefius, propriétaire de la société allemande Diensthunde.eu, a confirmé que son entreprise avait exporté vers Israël des chiens de race malinois belge et berger allemand. Il a toutefois précisé que le rôle de sa société se limite à l’entraînement et à l’exportation de chiens spécialisés dans la détection d’explosifs et de stupéfiants, et non de chiens destinés à la protection ou à des usages offensifs.

Il a également indiqué qu’entre 2020 et 2024, son entreprise avait fourni, via des intermédiaires agréés et dans le respect de la législation allemande, un nombre limité de chiens dressés à des institutions israéliennes ou à des entités liées à celles-ci.

Oefius a en outre nié l’existence de contrats directs avec le ministère israélien de la Défense ou la police israélienne, tout en affirmant qu’aucune directive gouvernementale n’interdisait ces exportations. Il a précisé que son entreprise ne conserve aucun contrôle sur l’usage des chiens après leur exportation, tout en mettant en avant l’importance du « bien-être animal », ajoutant :
« Nos chiens ne sont pas entraînés pour l’attaque ni pour des missions de maintien de l’ordre. Nous estimons donc que notre activité n’est pas liée aux accusations d’utilisation de nos chiens dans des actes ayant causé des dommages à des civils. »

Nous avons également sollicité la direction générale du commerce de la Commission européenne afin d’obtenir des données sur les exportations de chiens policiers depuis les États membres de l’Union européenne. La réponse a été la suivante : « Aucun document ne correspond à votre demande. »

Face à la multiplication des indices et des rapports faisant état de l’utilisation de chiens d’attaque contre des Palestiniens, le professeur Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens, a adressé de vives critiques aux États occidentaux qui fournissent à Israël ces chiens dressés.

Il déclare :
« Du point de vue du droit international public, je n’ai aucun doute sur le fait que les entreprises qui exportent ces chiens portent une responsabilité de complicité, car elles sont pleinement conscientes de la manière dont ils sont utilisés. De nombreuses informations attestent de l’implication des Pays-Bas dans cette pratique, notamment à travers l’entraînement de ces chiens puis leur vente à Israël. »

Des entreprises néerlandaises au cœur du « scandale »

Le professeur Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens, a confirmé l’implication d’entreprises néerlandaises, telles que Four Winds K9, dans l’exportation de chiens d’attaque vers Israël. À la suite de ces révélations, l’entreprise a fait l’objet de vives critiques et de protestations. Il déclare :
« Cette entreprise a reconnu — indirectement — sa responsabilité lorsqu’elle a conclu un règlement financier (11 000 euros) avec l’une des victimes palestiniennes, Hamza Hashem, âgé de 16 ans au moment de l’attaque en 2015, qui avait été attaqué par des chiens accompagnant la police israélienne. Ils ont tenté de présenter ce geste comme un acte de bonne volonté plutôt qu’une obligation légale, mais cela ne constitue pas une défense juridique : ce règlement est une preuve de connaissance et de complicité. »

Malgré les tentatives de l’entreprise néerlandaise de dissimuler sa relation avec Israël, les éléments disponibles révèlent un partenariat de longue date avec l’armée israélienne. Cela apparaît notamment dans une lettre adressée en 2017 par l’entreprise au ministère israélien de la Défense, dans le cadre de l’affaire Hamza Hashem, où il est écrit :
« Compte tenu de la relation qui nous unit depuis près de 25 ans, nous espérons et attendons de votre gouvernement qu’il apporte le soutien nécessaire pour résoudre cette affaire. »

Par ailleurs, Tony Boyen, propriétaire de Four Winds K9, a révélé que son entreprise avait fourni à Israël des dizaines de chiens dressés pendant plus de 23 ans, selon un rapport publié en 2015 par le journal néerlandais NRC.

La question des exportations de chiens policiers vers Israël par des entreprises néerlandaises a également été soulevée au Parlement néerlandais en octobre 2015 par l’ancienne députée Wassila Hachchi (parti D66). Elle déclare :
« Je n’ai reçu aucune réponse claire. Après plusieurs mois, j’ai reçu une réponse écrite du ministre : une longue lettre pleine de bureaucratie, mais qui ne traitait pas le fond du problème — et cela en dit long. »

Le 25 janvier 2025, nous avons demandé à l’administration des douanes néerlandaises de nous fournir des données sur le nombre de chiens policiers exportés des Pays-Bas vers Israël entre 2010 et 2024. Le 5 février 2025, nous avons reçu une réponse indiquant qu’il n’existe pas de catégorie d’exportation sous les intitulés « chiens militaires » ou « policiers », mais uniquement une classification générale sous la rubrique « animaux vivants », code 01061900.

Les autorités douanières néerlandaises ont ajouté :
« Nous ne pouvons généralement pas vous fournir de détails concernant les exportateurs et les importateurs en raison des strictes règles de confidentialité. »

Une réponse similaire a été donnée par le ministère néerlandais du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, qui a précisé que, bien que des discussions aient eu lieu sur la possibilité de classer les chiens dans les biens soumis à contrôle, une telle mesure nécessiterait des accords internationaux qui n’ont pas encore été conclus.

Cependant, le centre de recherche néerlandais SOMO, spécialisé dans les entreprises multinationales, a réussi à obtenir des informations auprès de l’Autorité néerlandaise de sécurité des produits alimentaires et de consommation (NVWA). Ces données révèlent l’existence d’exportations de chiens policiers et militaires vers Israël entre octobre 2023 et février 2025.

Au cours de cette période, un total de 110 certificats vétérinaires — documents obligatoires pour l’exportation de chiens — ont été délivrés à des entreprises néerlandaises spécialisées dans le dressage de chiens militaires et policiers.

Parmi ces certificats, Four Winds K9 en a obtenu la grande majorité, avec un total de 100 certificats. Police Dogs Centre Holland en a reçu quatre, tandis que six autres ont été attribués à la société K10 Working Dogs.

Ces chiffres témoignent de la poursuite — et même de l’intensification — de la coopération entre le secteur sécuritaire néerlandais et l’institution militaire israélienne.

Nous avons analysé les données financières de la société Four Winds K9 BV, enregistrée à la Chambre de commerce néerlandaise en 2017. Il apparaît que l’entreprise a connu une croissance soutenue de ses actifs financiers sur une période de sept ans. Toutefois, l’analyse met également en évidence des indicateurs préoccupants et ambigus, tant sur le plan opérationnel que financier.

 

Le total des actifs de l’entreprise est passé de 473 173 euros en 2017 à 2,18 millions d’euros en 2023, soit une multiplication par près de cinq. Cependant, l’examen détaillé des états financiers révèle des augmentations inexpliquées des créances clients, notamment entre 2022 et 2023 (de 592 692 à 750 626 euros). La forte hausse des passifs à court terme et la baisse de la liquidité en 2023 suggèrent l’existence de tensions réelles sur les flux de trésorerie.

Pris ensemble, ces indicateurs appellent à un examen approfondi, non seulement des pratiques financières de Four Winds K9, mais aussi de la nature de ses activités internationales liées au transfert de chiens vers des destinations controversées, parmi lesquelles Israël.

Le site internet de l’entreprise révèle également une expansion de ses activités au-delà de l’Europe. Elle a notamment enregistré une société au Nigeria sous le nom de United Winds K9 Nigeria, et a ouvert en 2015 une filiale dans la région du Kurdistan irakien sous l’appellation United K9 Kurdistan. En 2018, elle a également établi une branche aux Émirats arabes unis sous le nom de Four Winds Diagnose K9, ce qui témoigne de l’élargissement de ses opérations au Moyen-Orient.

Nous avons tenté de contacter Four Winds K9 afin de les interroger sur le rôle de leurs filiales hors des Pays-Bas dans l’exportation de chiens vers Israël, mais nous n’avons reçu aucune réponse jusqu’à la date de publication de cette enquête. Nous avons également sollicité Police Dogs Centre Holland et K10 Working Dogs pour obtenir des commentaires concernant l’envoi de chiens policiers à l’armée israélienne, sans obtenir de réponse à ce jour.

Le 11 septembre 2024, la députée Christine Teunissen (Parti pour les animaux – PvdD) a adressé une interpellation au ministre néerlandais de la Défense concernant l’exportation de chiens de combat par des entreprises néerlandaises vers l’armée israélienne, en s’appuyant sur des incidents documentés à Gaza, notamment la mort de Mohammed Bahar, atteint de trisomie, ainsi que l’attaque contre Dawlat Al-Tanani par des chiens militaires israéliens.

Dans sa réponse datée du 4 octobre 2024, la ministre néerlandaise du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, Reinette Klever, a reconnu avoir connaissance de ces incidents, tout en évitant d’établir un lien direct entre les chiens utilisés et ceux exportés depuis les Pays-Bas. Elle a indiqué que les chiens dressés ne sont pas classés comme biens stratégiques ni comme produits à double usage au regard de la réglementation de l’Union européenne.

Lors de notre entretien, la députée Teunissen a précisé que les chiens exportés ne sont pas juridiquement considérés comme des armes ou des biens à double usage, mais comme des animaux de compagnie, ce qui permet leur exportation sans véritable contrôle. Elle déclare :
« Lorsque nous commencerons à traiter ces chiens comme des armes, les lois évolueront automatiquement… continuer à les classer comme animaux de compagnie fait de nous des complices de crimes de guerre. »

La députée néerlandaise a également souligné que la législation nationale impose des contrôles stricts sur les exportations d’armes, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles ces chiens ne font pas l’objet d’une rigueur comparable.

Dans une comparaison particulièrement critique, Christine Teunissen a dénoncé le double standard appliqué par l’Occident face aux crimes commis en Ukraine et en Palestine :
« Il existe un océan de contradictions entre la position de l’Europe face aux crimes de Poutine et sa position face à ceux de Netanyahou… Comment les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice, peuvent-ils fermer les yeux sur leur rôle dans ces violations ? C’est honteux. »

Au-delà des flux commerciaux, une autre question demeure : celle de la responsabilité juridique des États, des entreprises et des institutions qui autorisent ou facilitent ces exportations.

L’Union européenne et la responsabilité juridique

Bien que les entreprises et les responsables européens cherchent à nier ou à dissimuler l’exportation de chiens policiers vers Israël, Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de l’organisation DAWN, souligne la possibilité de poursuites à leur encontre :
« Les responsables européens qui contribuent à aider Israël à commettre des crimes de guerre et des violations du Statut de Rome pourraient se retrouver accusés et poursuivis devant la Cour pénale internationale pour complicité et assistance dans la commission de ces crimes. »

Un cycle de violence sans fin

De nombreuses critiques visent la « stratégie israélienne » consistant à lâcher des chiens agressifs, sans muselière, sur des civils palestiniens lors des perquisitions domiciliaires, tout en faisant preuve d’indifférence face à leur comportement — voire en les entraînant à agir avec une extrême brutalité envers leurs victimes.

Alanna Lindsay Stevenson, spécialiste du comportement canin, explique que certains programmes d’entraînement reposent sur des méthodes coercitives telles que le « helicoptering », une technique consistant à suspendre ou étrangler le chien jusqu’à ce qu’il se soumette. Elle précise :
« Certaines méthodes de dressage amènent les chiens à associer la douleur à la peur. Le recours aux châtiments corporels les pousse à obéir sous une menace constante. Il s’agit d’un dressage fondé sur le contrôle, et non sur la bienveillance. »

Une étude menée en 2008 auprès de 303 dresseurs de chiens militaires belges a révélé que ces méthodes coercitives étaient moins efficaces que les approches fondées sur le renforcement positif, et qu’elles pouvaient même compromettre le bien-être des animaux. L’étude a montré que les techniques punitives les plus couramment utilisées incluaient les coups de collier et la suspension des chiens à l’aide de chaînes d’étranglement — des pratiques visant à imposer la domination plutôt qu’à instaurer une relation de confiance.

Alanna Lindsay Stevenson ajoute :
« Une fois qu’un chien apprend que l’agressivité est récompensée, il devient incapable d’interrompre ce comportement. Il se retrouve enfermé dans un cercle vicieux dont il ne peut sortir qu’en étant totalement retiré de l’environnement qui renforce ce schéma comportemental. »

Des lois inappliquées

À l’instar de l’usage intensif par Israël de chiens policiers dans les territoires palestiniens, le déploiement de chiens policiers et militaires dans les zones de conflit soulève de graves interrogations quant aux lacunes du droit international et aux mécanismes de son application. Malgré l’existence de traités internationaux tels que le Traité sur le commerce des armes (TCA) et de réglementations de l’Union européenne interdisant l’exportation de tout équipement ou ressource susceptible d’être utilisé dans des violations des droits humains, la réalité révèle un relâchement manifeste dans l’application de ces dispositions.

Bien que l’Union européenne impose des restrictions claires sur l’exportation de biens à usage militaire vers des États responsables de graves violations des droits humains, des rapports indiquent que des entreprises européennes continuent d’exporter des chiens dressés vers Israël, sans véritable mécanisme de redevabilité.

Patrick Wilcken, chercheur à Amnesty International, souligne que ces cadres juridiques sont solides en théorie, mais que leur mise en œuvre reste, dans les faits, insuffisante. Il appelle ainsi les entreprises et les gouvernements à garantir une application rigoureuse afin d’éviter toute complicité dans de telles violations.

« L’État exportateur examine également s’il existe des mesures susceptibles d’atténuer les risques identifiés aux points (a) ou (b) du paragraphe 1, telles que des mesures de confiance ou des programmes élaborés et convenus conjointement par les États exportateurs et importateurs. »  L’article 7 du Traité sur le commerce des armes.

Nous avons sollicité la Commission européenne, la commission des droits de l’homme du Parlement européen ainsi que le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) afin d’obtenir des commentaires sur l’exportation de chiens européens vers Israël et leur utilisation dans ces violations. À la date de publication, aucune réponse ne nous est parvenue.

Dans un rapport publié le 24 août 2023, Alice Jill Edwards, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture, a appelé à l’interdiction de certaines marchandises utilisées dans des violations, sans toutefois mentionner les chiens militaires ou policiers.

Contactée pour commenter cette lacune juridique, Edwards a demandé des preuves documentées attestant de l’utilisation de chiens dans des attaques contre des Palestiniens. Elle a également exprimé son intérêt pour examiner cette enquête après sa publication, afin d’évaluer la possibilité de l’utiliser dans des démarches de responsabilisation d’Israël.

Patrick Wilcken propose d’élargir les cadres juridiques existants afin d’inclure explicitement les chiens militaires. Il souligne :
« Bien que les armes conventionnelles soient soumises à une réglementation stricte, les outils d’application de la loi — tels que les chiens — restent en dehors des mécanismes de contrôle rigoureux. Il est donc nécessaire de les intégrer dans des traités internationaux afin d’encadrer leur utilisation et d’empêcher leur emploi dans des violations des droits humains. »

Aujourd’hui, les habitations palestiniennes ne sont plus à l’abri des crocs de chiens dressés. Les lois internationales n’ont pas empêché ces animaux, devenus instruments de violence, de s’attaquer aux corps des Palestiniens à l’intérieur même de leurs maisons — désormais transformées en espaces d’enfermement et de terreur.

Tags: BelgiumEuropeGazaGermanyIsraelIsrael-Gaza warPalestineThe EUThe NetherlandsThe West BankUKWeapons
ShareTweetSharePinShareSendShareSend

Related Posts

Surviving Shadows: A Somalian Odyssey from War-Torn Lands to Europe
Human Rights

Surviving Shadows: A Somalian Odyssey from War-Torn Lands to Europe

June 2, 2025
Israel’s Fangs are Devouring Palestinians in Gaza and the West Bank

Israel’s Fangs are Devouring Palestinians in Gaza and the West Bank

May 30, 2025
The Passport Scam: Inside the Global Trade in Look-Alike Migration

The Passport Scam: Inside the Global Trade in Look-Alike Migration

May 21, 2025
Syrian Airline, Haftar’s Army profit from Human Smuggling
Follow the Money

Syrian Airline, Haftar’s Army profit from Human Smuggling

October 1, 2023

Leave a Reply Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Israel’s Fangs are Devouring Palestinians in Gaza and the West Bank
Human Rights

Les crocs d’Israël: comment des chiens européens sont devenus des armes contre les Palestiniens

May 18, 2026
Bridges Investigations Wins First Place at SEJ Awards for Cross-Border Environmental Investigation

Bridges Investigations Wins First Place at SEJ Awards for Cross-Border Environmental Investigation

April 1, 2026
Bridges Investigations Shortlisted for the True Story Award 2026
Impact

Bridges Investigations Shortlisted for the True Story Award 2026

January 22, 2026
Digital Self-Defense for Journalists
Uncategorized

Digital Self-Defense for Journalists

December 30, 2025
  • Home
  • Migration
  • Environment & Climate
  • Follow the Money
  • In-Depth Reports
  • Human Rights
  • Impact
  • Video
  • More
  • English
Bridges Investigations bridgesinvestigations@protonmail.com

© 2025 All rights reserved

No Result
View All Result
  • Home
  • Migration
  • Environment & Climate
  • Follow the Money
  • In-Depth Reports
  • Human Rights
  • Impact
  • Video
  • More
    • Podcast
    • Events
  • English

© 2025 All rights reserved

Welcome Back!

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Log In

Add New Playlist

  • English